Pierre Bourgeade, Numéro Oblique spécial Sade, 1977

"Henri Maccheroni est peintre. Il est photographe. Il utilise, détourne, fabrique des objets. Son univers est tout l'univers plastique. Son oeuvre, entreprise depuis vingt ans, promet d'être, par sa diversité et sa force, l'une des plus importantes de l'époque. Maccheroni a toujours été un solitaire. Parti des lisières du surréalisme, il s'est peu à peu enfoncé dans la réalité, réalité dont il exprime, avec une violence souvent scandaleuse, le contenu".
 
 

Tessa Tristan, Proximités Saint-John Perse, 2003

... Mais un même artiste peut-il se montrer si dissemblable ? Issu d'un parcours fort peu orthodoxe, Maccheroni s'est aventuré sur des chemins que personne avant lui n'avait explorés, s'emparant ainsi d'un espace vierge de création, peu encombré d'histoire, jusqu'à y faire autorité (série des 2000 photos du sexe d'une femme, 1969-1972). En 1972, il s'impose en tant qu'initiateur des Attitudes socio-critiques, dont les suites seront aussi multiples qu'inattendues (série des Actions Pro-Verbales, 1973, des Parcmétries, 1975, des grandes Gaines, 1973-1974, des Crânes et Vanités, 1984-2004, etc.). En 1976, il fonde son Archéologie du signe : une peinture de purs signes plastiques qui s'imposent dans l'espace selon des modalités aussi délibérées qu'efficaces. Enfin, il apporte une vision des formes plastiques libérée de la tutelle narrative ou textuelle, une réinterprétation fascinante des différents systèmes de référence.

A la différence d'un Picasso chez qui les séries, en succédant par périodes, s'inscrivaient dans une structure chronologique linéaire, il n'y a pas ici des hiérarchies spatio-temporelles, de périodes strictement délimitées : la série reste ouverte et l'artiste peut librement l'interrompre pour y revenir dès qu'il le souhaite — ce qui explique pourquoi la datation des oeuvres reste toujours chez lui approximative et aucunement déterminante. Seule compte leur résonance avec ce qu'il veut exprimer : "La vocation d'une oeuvre d'art n'est pas de produire du sens, mais de faire sens, car il s'agit de trasformer la sensiblité d'une époque, c'est-à-dire notre rapport au réel. C'est le fond de l'oeuvre d'art, qui est par essence même, révolutionnaire !"

Entre déni et défi, échappant irrésistiblement à toute tentative de définition comme de classification, l'oeuvre d'henri Maccheroni, aussi éclatée que structurée, rayonne d'une densité absolument singulière dans l'histoire de l'art contemporain. Elle se caractèrise par d'incéssants et déconcertants changements de techniques (gravure, peinture, dessin, photographie...) adaptées à la prolifération des thèmes abordés (la ville, Eros-Thatanos, la condition humaine...), où l'imaginaire vient continuellement vivifier la pensée en oeuvre. L'oeuvre toute entière, privilégiant les effets de discontinu aux effets de liaison, peut être appréhendée comme une expérimentation plastique du choc.

Il n'y a jamais ici de répétition d'un style formel clairement identifiable, qui serait donné une fois pour toute, mais de continuels déplacements s'observant au sein de l'oeuvre même qui toujours conserve son profil d'énigme et cette capacité de résistance irréductible aux mots comme aux explications. Ainsi le déroulement des Archéologies blanches (1974-1982) et bronze (1983-1988), via les méditations (1989-1995), le conduit aux Egypte-Bleu (1977-1989) qui engendrent — au détour de la bande aquarellée tressée décalée, etc. — le travail sur la ville (série des Emblèmes de la ville, 1990-1993, Stèles pour une ville, 1988-1991, New York First Time, 1979-1989, Manhattan-gris, 1980-1982) où, au fil d'une dialectique particulièrement féconde entre photographie, collage et peinture, la représentation se fait reconstruction. C'est alors que le signe peut revenir pour justifier l'image, lui donner à nouveau sens en même temps que sens nouveau. "Je ne suis pas un peintre abstrait, pas plus que figuratif ou conceptuel. Je suis tout cela à la fois — absolument. Ces notions s'abolissent dans un "traitement" — dans le sens de retraitement — pensé du réel (ou de ce que nous croyons en percevoir)".

 
 

L'Archéologue (galerie Les Archéologies I)

Cette oeuvre est la toile archétypale qui inaugure les Archéologies et toutes les variations qui vont s'ensuivre. Figuration de paysage de fin du monde, d'un univers désenchanté où l'aléatoire et l'irréversible tiennent les premiers rôles. Elle s'inspire très concrètement d'un panorama de rochers érodés par le gel près de Saint-Barnabé, canyon inattendu dans les Alpes-Maritimes, rebaptisé par Michel Butor "le parlement des Idoles".
 
Repères temporels et chronologie des séries

1961-63 : Mondes inachevés
1963-64 : Nocturnes
1969-74 : 2000 photos du sexe d'une femme
1972-73 : Objets socio-critiques
1972-74 : Gaines
1974-82 : Archéologies blanches
                Variantes (Archéologies blanches)
                1979-80 : Puniques
                1980 : Tribades
                1981 : Pompéi
1976 : Nymphéas
1976-78 : Archéologies du signe
1977-82 : Egypte-bleu
1978-88 : Hommage à Malevitch
1979-80 : Archéologies noires
1979-80 : Noires (New-York)
1979-82 : First-time (New York)
1980      : Tempo primo (peinture-couture)
1980      : Tempo secondo (peinture-couture)
1980      : Photo-symétries
1980-82 : Manhattan-gris (New York)
1981-82 : Défense d'afficher (New York)
1982      : Villa Hadriana
1983-88 : Archéologies bronze
                1983-85 : Carrés bronze
                1984 : Terres Etrusques
                1988 : l'Espace Malévitch
1984-03 : Crânes et Vanités
1985-02 : Christs
1987      : Sites égyptiens
1988      : Stèles pour une ville
1989      : Méditations archélogiques
1989      : Méditations africaines
1990-93 : Emblèmes de la ville
1992      : Vanités-miroir
1992-94 : Pierres de Temple
1997      : Dessins de sexe
1998-99 : Paris ville-Ténèbres

1999-02 : Nymphéas-méditation
1999-00 : Vanités-méditation
2001      : La Reine de Saba
2001-03 : Fragments de corps
2002-03 : Les Oliviers
2002-03 : Enfers
2003     : Jumièges et Amby (l'ombre et l'oblique)
2003-13 : L'ombre et l'oblique (suite), les enfers, nouvelles nymphéas
2013      : Tipasa, dans les pas d'Albert Camus
2014      : Sexual Stone



 
Héloïses et Abélard de la série des Nocturnes De la série des
grandes Gaines
Hommages à Malévitch De la série des
Archéologies blanches
De la série des Egypte-bleu Hommage à Saint-John Perse
 
De la série des
Stèles pour une ville
De la série des
Pierres de Temples
De la série des
New York First Time
De la série des
Nymphéas-méditation